Emerveillement! (Matthieu 11.25-30; Esaïe 45.14-21)
Emerveillement! Joie! C’est un grand moment pour Jésus, un moment de joie intense (Luc 10.21); un moment très personnel et intime aussi. Jésus s’adresse à son Père et il le loue. Il s’est arrêté un instant dans ses activités; il a pris un peu de recul et il médite sur l’œuvre de Dieu, plus exactement sur l’œuvre de son Père. Jésus admire ce que fait son Père et il s’en émerveille. Cette façon de s’exprimer a bien plus de poids que si Jésus avait simplement parlé avec ses disciples et qu’il leur avait fait un discours sur le Père et sur son œuvre. Jésus permet même à ses disciples (cf. Luc 10.23-24) – et à nous avec eux – d’assister à ce moment très intense d’intimité entre lui et son Père.
Qu’est-ce qui provoque admiration et joie chez Jésus? C’est la manière dont son Père a agi envers les hommes, une manière inhabituelle et assez inattendue. Car son Père a en quelque sorte retourné la situation; il a agi autrement qu’on pourrait s’y attendre. Il a agi autrement que ce que peuvent penser les hommes. Il est le Tout Autre et il n’est pas seulement celui qui est proche de nous. Il est le Tout Autre. II est celui qui est mystérieux et merveilleux, invisible et discret, réservé et lointain; il est celui qui ne peut être connu sans autre. Il est celui qui échappe aux recherches des hommes et à leurs investigations. Il est le Très-Haut. Mais il est aussi celui qui se fait connaître, celui qui se révèle à nous. Ainsi le Dieu Vivant est à la fois le Tout Autre et le Tout Proche; il est en même temps celui qui est mystérieux et celui qui se révèle. Et nous ne pourrions pas le connaître s’il ne s’était pas fait connaître. Et il s’est fait connaître précisément par son Fils, à qui toutes choses ont été données (cf. Colossiens 2.3, 9-10). C’est ce que Jésus souligne ici avec toute la netteté désirable. – Nous devons être bien attentifs à ce mot de « connaître ». Nous l’utilisons volontiers et habituellement dans un sens très général, dans un sens plutôt vague (Oh! j’connais). Nous pensons plutôt à une connaissance de type théorique ou intellectuel; nous pensons à une connaissance qui reste au niveau des idées et qui ne touche pas au vécu quotidien. Ou encore, certains penseront à une connaissance mystique et floue. On peut avoir bien des idées sur Dieu, mais le connaître comme il veut être connu, cela n’est possible que grâce à Jésus, son fils. Les paroles de Jésus montrent que le fait de connaître Dieu change notre vie et la transforme. Co-naître (naître avec), n’est-ce pas entrer dans une vie nouvelle, la vie avec Dieu?
Une question ne manque pas de surgir ici (25-26). Pourquoi toutes ces différences? Y aurait-il donc en Dieu de l’arbitraire? Y aurait-il quelque chose d’injuste de sa part? Comment se fait-il que les uns reçoivent et les autres pas? Comment se fait-il que ces choses soient cachées aux sages et aux intelligents et qu’elles soient révélées aux enfants? Rassurez-vous. Cela ne tient pas à Dieu qu’il en soit ainsi, car il souhaite que la bonne nouvelle soit répandue et annoncée aussi largement que possible (cf. Jean 6.40; I Timothée 2.3-6); mais Dieu offre simplement et il ne cherche pas du tout à s’imposer de force, ni à dominer. Non, cela ne tient donc pas à Dieu que les uns soient privés de cette connaissance et que les autres la reçoivent. Un seul et même évangile est annoncé à tous; il n’y a pas trois ou quatre évangiles différents, un évangile pour les gens intelligents, un évangile pour les gens démunis, un autre évangile encore pour les gens de la classe supérieure, ou un pour tel groupe social particulier, etc. Non, il n’y a qu’un seul et même évangile pour tous, car l’amour de Dieu est le même pour tous. Et ce qui change, hélas, c’est que ce message de Dieu n’est pas reçu partout et par tous de la même manière. Certaines personnes le refusent, s’estimant trop intelligentes et trop sages pour cela. D’autres personnes acceptent avec disponibilité, avec simplicité comme des enfants. Mais personne n’est a priori aux yeux de Dieu dans une catégorie ou une autre; les uns reçoivent et acceptent ce que Dieu offre, d’autres pas; les uns sont disponibles, d’autres ne le sont pas. Les uns reconnaissent et admettent ce qui leur manque, les autres ne sont pas disposés à recevoir quelque chose. Et c’est là toute la différence. Jésus n’est pas du tout contre l’intelligence; il constate simplement qu’il peut arriver que telle personne puisse mettre son intelligence entre elle et Dieu. Jésus ne veut pas dire non plus dire que l’ignorance rendrait les hommes plus aptes à rencontrer Dieu. La différence est entre ceux qui pensent tout savoir, qui ont réponse à tout et qui ont toujours raison, d’une part, et, d’autre part, ceux qui attendent quelque chose, qui sont simples et ouverts devant Dieu, un peu comme des enfants.
Mais n’y aurait-il pas tout de même une contradiction dans les paroles de Jésus (28-29a)? N’y aurait-il pas une contradiction entre l’offre de son repos et son invitation à se charger de son joug? Est-il vraiment possible de trouver du repos en se chargeant d’un joug? Heureusement et normalement non. Cette invitation « venez à moi » repose sur ce que Jésus vient de souligner dans sa prière. Il ne s’agit donc pas d’un système ou d’une religion, mais d’une personne; il ne s’agit pas d’une théorie, mais d’une personne. Jésus invite ceux qui l’écoutent à venir à lui; spécialement ceux qui sont fatigués de nombreuses exigences humaines, de nombreux jougs; spécialement ceux qui sont chargés par leurs péchés ou par un passé difficile. Tous, nous avons à apprendre de Jésus, à recevoir de lui le salut. C’est la conversion. Et c’est alors que nous trouverons en Jésus du repos, un vrai repos. Jésus est celui qui libère et qui délivre de toute servitude, de tous ces jougs que les humains placent sur les autres. Là aussi, il est important de bien connaître Jésus et ce qu’il veut pour les siens. On a si vite fait de mal comprendre l’Evangile et d’en faire une loi de plus, une contrainte de plus. L’Evangile apporte libération intérieure et vie nouvelle (c’est la conversion, le fait de se tourner vers Jésus). Et paradoxalement, le pardon que Jésus offre apparaît tout de même comme un fardeau dont il faut se charger (29); mais Jésus précise que ce fardeau est léger (30), car Jésus le porte avec nous et pour nous. La liberté que Jésus donne, la libération qu’il apporte ne débouchent pas simplement sur le laisser-aller ou sur le vide. Elles débouchent sur l’obéissance (cf. Galates 5.1). Le salut du Christ nous responsabilise (c’est-à-dire qu’il nous invite à répondre); son salut nous invite à l’obéissance et à la foi. Ainsi accepter son joug, c’est dépendre de lui, c’est lui être fidèle, c’est le suivre jour après jour, c’est vivre en communion avec lui.
Et surtout, j’aimerais que nous nous laissions gagner par la joie de Jésus, que nous nous laissions gagner par son admiration pour l’œuvre de son Père et par son émerveillement. Jésus veut vraiment partager son émerveillement avec ses disciples, puisqu’il parle à son Père devant eux. J’aimerais que nous nous laissions enseigner par Jésus pour vraiment connaître Dieu comme nous avons à le connaître. J’aimerais que nous regardions à lui, que nous allions à lui, tout simplement comme nous sommes, avec ce qui nous pèse. J’aimerais que nous cherchions en lui, et en lui seul, le repos et le pardon qui nous sont tellement nécessaires. C’est bien le désir de Dieu que nous allions à Jésus qui nous a aimés comme il nous a aimés; c’est bien le désir de Dieu que nous allions à Jésus à qui toutes choses ont été données et que nous restions en contact avec lui. Restons dans la paix de Jésus; restons dans la joie de Jésus. Amen.