Culte du 8-6-2025 à la Lukas (Pentecôte)
Genèse 11,1-9 Actes des Apôtres 2
Nous sommes toujours trop fiers… et cela nous perd !
Nous sommes tellement fiers de nos expériences, tellement fiers de nos capacités…
Peut-être bien qu’il y a une tendance en l’homme… naturelle… à se croire le centre du Monde, à se sentir important, essentiel, unique.
L’être humain, qui a plus que 18 ans, se croit adulte parce qu’il a passé avec succès son permis de conduire – lui permettant de contrôler une voiture – lui permettrait de contrôler sa vie !
Il prend le volant de sa vie entre les mains et refuse qu’on le critique sur sa conduite comme sur les directions qu’il prend.
Ses accélérations, c’est lui qui les veut, sa route c’est lui qui la choisit. C’est lui et lui seul qui décide. L’homme jeune moderne ne supporte plus // ni remarque, ni contrainte.
Il est libre, il se veut libre, il se croit libre. Question d’éducation, question d’époque… aujourd’hui c’est comme ça !
Alors vous pensez, la Pentecôte, ça ne peut pas plus mal tomber.
C’est quoi ce saint Esprit intercesseur, ce saint Esprit consolateur ?
Pourtant chaque être humain est différent comme les pierres avec lesquelles on construisait les maisons : avez-vous déjà construit un mur avec des pierres naturelles, pas des pierres de béton, de vraies pierres !
Il faut avoir l’œil pour choisir chacune, pour la mettre à la bonne place, tirer parti de ses creux et bosses pour composer une œuvre d’art méconnue, un mur de jardin dans lequel les herbes sauvages trouvent refuge !
Cependant il y a des régions où il n’y a pas de pierres. Alors les gens de Babel ont commencé à fabriquer des briques, plates, lisses, toutes semblables, en forme de carton à souliers, que l’on peut empiler les unes sur les autres.
Avec les briques, aucune limite : on peut les empiler jusqu’au ciel.
Et les hommes ont inventé des villes à rues parallèles et perpendiculaires, des New York, des Chaux De Fonds, des Hong Kong…
Et les hommes ont commencé à ressembler aux briques qu’ils fabriquaient // anonymes et normalisés.
Dans la Bible le récit de Babel, c’est le premier récit de l’anonymat à grande échelle : pas un seul personnage n’est nommé, n’est appelé par un nom… Des briqueteurs associés. Des sans nom :
« Fabriquons des briques, fabriquons-nous un nom, un nom pour tous, tous pour un nom, un nom plein de « on » et vide de sens !
Par rapport à notre modernité, les gens de Babel ont des siècles d’avance : ils ont un projet et des objectifs tout à fait actuels :
1. aller jusqu’au ciel,
2. se fabriquer un nom, c’est-à-dire la pensée unique
3. éviter la dispersion et maintenir une cohésion sociale sous contrôle.
On croirait entendre un top-manager d’une entreprise multinationale : objectifs atteints, briques régulières, standardisées, normalisées… ou encore SIGINPING, l’empereur de la Chine actuelle.
Malgré le fait qu’elle n’ait pas encore de nom, la tour de Babel pourrait parfaitement recevoir le certificat ISO 9000. Babel entre tout à fait dans le processus de ce que l’on appelle démarche de qualité.
Eh bien la Pentecôte nous propose absolument autre chose : S’il y a bien une notion d’unité dans la foi, il n’y a jamais d’allusion à l’uniformité. Au contraire c’est l’exemple vivant de l’unité par la diversité : « Chacun parlait dans sa propre langue » et l’on se comprenait !
C’est un message d’espérance qui permet à toutes et à tous, de nationalités et de cultures différentes, de se comprendre et de s’accepter.
Les langues de feu, les colombes, l’esprit saint sont l’alternative à une société à la parole unique et à la pensée unique. C’est la réalité d’une société plurielle et démocratique… où chaque langue est reconnue et en Suisse nous en avons 4, 5 avec l’anglais, parce que, quand vous prenez le train, vus entendez souvent parler anglais.
Ou, pour employer le terme hébreu, non pas chaque langue, mais chaque lèvre.
C’est vrai, nous parlons autant avec nos lèvres qu’avec nos langues… Et nous parlons aussi avec nos mains… et avec nos accents… et avec nos histoires personnelles, familiales, nationales, confessionnelles, culturelles…
Notre parole vient du plus profond de notre être et non seulement du bout des lèvres. Chacun parle comme il est. Dans sa singularité. Ce n’est pas tant la langue que la personne qui est unique. C’est pour cette raison que cela prend du temps pour se parler et pour se comprendre.
Dans ce sens-là, la Pentecôte n’a rien à voir avec Babel. L’Esprit ne rétablit pas une langue unique, mais il permet la communication, malgré les langues différentes. Nous ne parlons pas la même langue, Allélouia, nous ne pensons pas de la même manière… Allélouia ! Car chaque parole échangée, même violente, est une alternative à la violence des armes. Ce chemin de la Parole doit être pris aussi souvent que possible, car c’est la seule possibilité vers la paix.
Le manque de dialogue mène à la guerre et c’est ce que nous voyons en Ukraine et en Palestine.
Après la dispersion de Babel, la Genèse se focalise sur un homme, Sem, le fils de Noé. Et avec un de ces formidables jeux de mots, Sem signifie justement « nom ».
Ainsi, là où une société unique est restée anonyme et stérile, où elle n’a pas réussi se faire un nom, voilà qu’un nom est donné à l’humanité, dans la naissance unique d’un être unique, par Dieu lui-même. //
Sem, d’où vient le mot ‘sémite’ signifie NOM, un nom pour une vie, un nom pour la vie ! Et de ce Sem naîtra un jour notre Seigneur Jésus Christ qui nous souhaite la paix, qui nous donne Sa paix et qui nous offre toutes les merveilles de la vie et en particulier celles d’une société ouverte, reconnaissante et libre.
Que la présence de Dieu vous accompagne dans cette nouvelle semaine qui commence et pendant tout le temps que vous fêterez la Pentecôte… Amen
Jean-Claude Hermenjat