Culte de la Reformation Lucerne 1er nov. 2020

Chers frères et sœurs,

Pour ce Dimanche de la Réformation, j’aimerai tout d’abord vous parler d’un réformateur par excellence, Jean Calvin.

Jean Calvin est né en France à Noyon (Oise).

Il se convertit à la Réforme dès 1533, 16 ans après la révolte de Luther contre les indulgences et l’autorité de l’église catholique.

Sa première réaction à l’Eglise officielle apparaît en 1534 dans ses écrits contre la messe et son aspect magique, lutte justifiée à l’époque. Mais les siècles ont passé et Il est évident que, actuellement, la situation a complètement changé. En effet, la messe n’est plus dite en latin, mais elle est dite dans nos langues nationales et, de plus, l’officiant fait face à la foule comme chez les protestants. Aujourd’hui, quand on écoute l’office du dimanche à la radio, on n’est plus certain si c’est un culte ou si c’est une messe.

Ce qui demeure important chez Calvin, c’est son attachement à l’écriture sainte. Son ‘institution de la religion chrétienne’ parue en 1536, est la clef de voûte du protestantisme à laquelle les cantons romands restent attachée. C’est à cette date d’ailleurs que Genève passe à la réforme.

Calvin lutte à Genève pour une profonde réforme des mœurs et des croyances de ses habitants et fait intervenir plusieurs fois la compagnie des pasteurs auprès du Conseil de la Ville, pour des affaires de mœurs.

Un des plus tragiques événements qui eu lieu sous sa juridiction est la mise à mort de Michel Servet brûlé à feu doux pour que la souffrance dure plus longtemps. Michel Servet était un médecin qui prétendait que le sang circulait à l’intérieur du corps humain ce qui était inconcevable à l’époque et, d’autre part, il contestait la Trinité.

Calvin est-il vraiment responsable de cette mort ou est-ce l’esprit du temps qui a favorisé ce meurtre. C’est une question qui, pour moi, n’est pas totalement élucidée.

Quoiqu’il en soit, Calvin n’est pas seulement la personne austère que l’on connaît. C’est aussi un être qui aime la tranquillité de son foyer, aimant sa femme, aimant le vin et la bonne chaire et surtout la tranquillité tout court.

Je vous propose un passage écrit par Calvin lui-même :

(Comm. Vi ) J’ai pensé qu’il était besoin de montrer que la Bible nous apporte un bien qui est préférable sur tous les autres livres, [car] il n’y a livre où on trouve de plus expresses et magnifiques louanges, tant de la singulière libéralité (amour) de Dieu envers son Eglise et envers toutes ses oeuvres…

Calvin, comme Abraham, comme Jérémie, comme Ezéchiel, comme la plupart des prophètes, ont entendu la parole de Dieu. Elle leur dictait une conduite la plupart du temps contre leur gré, contre eux-mêmes, et c’est vrai que chacun de nous est confronté journellement à ce dilemme à savoir faire ce que l’on a envie de faire ou faire ce que Dieu a envie que l’on fasse. Si nous pouvions écouter Dieu un peu plus, je pense que le Monde irait mieux.

Pourquoi ne pas commencer aujourd’hui !? surtout en ce temps de pandémie…

Venons-en à la Réformation? Est-ce un Dimanche ordinaire ou bien est-ce un jour exceptionnel. En tous cas, dans le calendrier de la Croix Rouge, rien de spécial n’est inscrit !

Revenons à la source du terme:

Le mot est attesté dans la langue française et germanique depuis le XIIIème siècle quand ces langues n’étaient encore que balbutiantes. Le mot vient du latin “ Reformatio ”, ce qui signifie “ remise en vigueur d’un droit ancien ” et l’encyclopédie du Protestantisme précise “ remise en vigueur des institutions et des valeurs sociales ”.

Luther en 1519 avait déclaré : “ Il faut exhorter les Chrétiens à s’appliquer à suivre leur seul chef Christ. ” (thèse N° 94) (Actes 13,26-39)

Ce n’est pas en Allemagne ou en France, mais en Angleterre, qu’une « Réforméichen » à connotation religieuse fut introduite par le roi Edouard VI, pour remettre en vigueur l’autorité de la Bible selon le désir des Réformateurs, et profiter par la même occasion de remettre en vigueur l’autorité du roi – donc la sienne – par opposition à celle de Rome… aussi pour des raisons un peu plus triviales, à savoir un divorce et un remariage !

Mais ce n’est qu’au XIXème siècle que l’usage s’est répandu pour associer un dimanche de Réformation aux réformateurs, Luther, Zwingli et Calvin, pour ne nommer qu’eux.

Ainsi le 1er dimanche de novembre, celui qui précède ou suit la fête de la Toussaint, a remplacé cette dernière, tout d’abord en Saxe, en Allemagne, et peu à peu l’usage s’est répandu dans toute l’Europe protestante.

* * *

En ce Dimanche de la Réformation, nous pourrions nous demander ce que sont devenues nos institutions et nos valeurs sociales avec les événements tragiques ou politiques qui secouent le monde entier, cette pandémie du covid-19, qui, indirectement, remet en question nos libertés fondamentales et notre démocratie?

Il est légitime de réfléchir en ce jour de Réformation à la façon de pouvoir reformater notre société à la dérive, simplement pour pouvoir assurer la survie aux enfants et aux petits enfants des habitants de cette planète!

Dans le texte des Actes des Apôtres, Paul est clair. « Puisque vous, les Juifs, vous refusez de recevoir la bonne nouvelle de l’amour de Dieu, nous nous tournerons vers les païens, cad le Monde entier. »

C’est ce que Luther disait aux envoyés de Rome, qui, par ses thèses voulait reformater l’Eglise. Mais le pape refusa ses thèses et ce fut, malgré lui, le début de la Reforme, dont nous sommes issus et que nous fêtons année après année depuis deux siècles.

Alors nous, que faisons-nous ? Tournons-nous vers Jésus qui nous dit : « ayez confiance, ne voyez-vous pas les oiseaux, ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’ont ni cellier ni grenier ; et Dieu les nourrit. Combien ne valez–vous pas plus que les oiseaux ! » (Lc 12,24)

Faisons-nous confiance à Dieu ou à nos frères humains? Participons-nous à la lutte pour un Monde plus juste ? Ou bien nous enfermons-nous derrière nos frontières et nous cachons-nous derrière notre indifférence par rapport à des multinationales irresponsables qui exploitent sans retenue et polluent le Tiers-Monde? Et là je fais un clin d’oeil à nos prochaines votations.

Et bien Jésus nous l’affirme clairement : le Père céleste nous traitera de la même manière que nous avons traité notre prochain, et c’est là qu’il y aura pour certains des pleurs et des grincements de dents et pour d’autres une grande bénédiction.

Alors avec Moïse, avec Jésus, avec Luther, avec Calvin, la choisissons la vraie Vie,

Car, ni la Mort, ni les anges, ni les démons, ni les puissances d’en haut, ni celles des profondeurs, RIEN ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu… (Rm 8, 38)

Amen